La disparition de l’URSS en décembre 1991 marque un bouleversement géopolitique majeur fermant la page de la guerre froide mais aussi de la plus longue expérience politique communisme de l’histoire. La nouvelle Russie n’a pas une puissance comparable à celle de l’URSS a fortiori avec une transition vers le modèle capitaliste et libéral non contrôlée (contrairement à la Chine).
En devenant la Fédération de Russie, le pays perd environ 5 millions de km² et surtout près de 150 millions d’habitants (passant de 293 millions dans l’URSS à environ 143 millions dans la Russie post-soviétique). Cette contraction s’accompagne de la perte de territoires stratégiques : l’Ukraine, riche en terres agricoles fertiles (tchernoziom), en ressources industrielles (charbon et sidérurgie du Donbass) et dotée de la base navale de Sébastopol, essentielle pour la flotte russe de la mer Noire. Le Kazakhstan emporte une partie des installations spatiales, dont Baïkonour, et les États baltes quittent définitivement la sphère russe.
Les années 1990 sont celles d’une transition brutale vers l’économie de marché, appliquant une « thérapie de choc » libérale inspirée par les institutions financières internationales : libéralisation rapide des prix, privatisations massives, ouverture au commerce extérieur. Ce contexte favorise l’émergence des oligarques, hommes d’affaires qui acquièrent à bas prix les anciens actifs publics stratégiques (pétrole, gaz, métaux). Parmi eux, Boris Berezovsky (médias, automobile), Mikhaïl Khodorkovski (pétrole, Ioukos) deviennent des figures emblématiques.
Dans le même temps, un rapprochement est engagé avec l’UE : l’Accord de partenariat et de coopération signé en 1994 (et entré en vigueur en 1997) établit un cadre juridique pour le dialogue politique, le commerce, la coopération économique et scientifique. Ses objectifs sont d’intégrer progressivement la Russie dans l’économie européenne mondiale, de développer les investissements, d’encourager la modernisation industrielle et de soutenir la transition démocratique. Les secteurs concernés incluent l’énergie, les transports, l’environnement, la recherche, ainsi que l’éducation.
Cependant, ce rapprochement s’effectue dans un contexte interne particulièrement difficile. La Russie connaît une profonde crise sociale : chute du PIB, explosion du chômage, effondrement des systèmes de santé et d’éducation. En témoigne, l’espérance de vie masculine qui recule fortement, passant de 64 ans en 1990 à environ 58 ans en 1994, en grande partie à cause de l’alcoolisme, de la pauvreté et de la désorganisation sanitaire. La guerre en Tchétchénie (1994-1996, puis reprise en 1999) illustre la fragilité de l’intégrité territoriale et fait planer le risque d’implosion sur la Fédération. La Russie à la fin des années 1990 n’est donc plus une puissance majeure.